LE CULTE DU COPRS ET SON EROTISME

Au début du XVème siècle, l'Europe connait une renaissance de la chasteté et de la morale en opposition à une contemporanéité imprégnée d'érotisme et de séduction. On a donc à cette époque un éveil de la sexualité. Il s'agit moins d'une libération des moeurs que d'un changement idéologique et religieux. La Renaissance redécouvre l'Antiquité, qu'elle considère comme un âge d'or. Tout à leur admiration, les Humanistes de l'époque ne peuvent faire d'exception sur la représentation du corps, tellement présent, notamment dans la statuaire. Dans leur idéalisation, ils pensent que les hommes qui s'exerçaient à la gymnastique souvent nus, en harmonie avec la nature, étaient plus beaux. Les contextes sociaux et culturels changeants d'une époque à une autre ont transformé les corps masculins et surtout féminins. A partir du XIVème siècle, en outre, la doctrine franciscaine a commencé à influencer leur réflexion. Elle recommande de célébrer la Création de Dieu sous toutes ses formes, d'admirer le monde, la beauté de la nature, d'un enfant - pourquoi pas celle d'une femme ?

La sexualité encouragée par l'affaiblissement de la morale.

Les auteurs et artistes du Moyen-Age n'avaient pas fermé les yeux sur la sexualité mais elle était tournée en dérision ou condamnée par l'Eglise. A la Renaissance en revanche on put admirer sans inhibition un corps nu et les tabous religieux perdirent de leur force. Ainsi la sexualité put être traitée avec moins de pruderie et même avec une certaine délectation.

Le corps devint une formidable source d'inspiration, pour les poètes et surtout pour les peintres. N'oublions pas non plus que la Renaissance est la grande période des courtisanes, particulièrement en Italie. A Venise, ces femmes - à ne pas confondre avec de simples prostituées - sont des poétesses ou des musiciennes, qui font commerce de leur âme autant que de leur corps. 

L'histoire de la beauté épouse celle du déploiement des regards, de l'assouplissement de la morale des changements de mode de vie, sans oublier la valorisation progressive de l'individu et de son autonomie. Ces changements spectaculaires entre le Moyen-Age et la Renaissance paraissent dans l'Art, sous une forme pas toujours évidente et qui peut surprendre. En effet, lorsque l'on regarde le célèbre tableau du Titien intitulé « l'Amour sacré, l'Amour profane », datant de 1515, on ne comprend pas forcément la subtilité de l'artiste et les vraies moeurs de l'époque.

L'éveil de la sexualité et de l'érotisme

En ce qui concerne l'érotisme à proprement parler, il prend toute son ampleur à la Renaissance, puisque c'est durant cette période que les artistes osent enfin aborder la sexualité de façon relativement explicite. On retrouve cet érotisme à travers diverses oeuvres telles que « Tarquin et Lucrèce » du Titien (1571), « Suzanne et les vieillards » du peintre Le Tintoret (1560), ou encore sur l'illustration provoquante d'un conte du « Décaméron » de Boccacce, où l'on peut voir un moine au lit avec une femme mariée.

Les artistes ne se contentent donc pas de montrer le corps, ils le dénudent.
Le phénomène est lié à l'apparition de nouveaux commanditaires. Au Moyen Age, seule l'Eglise commandait des peintures. Les mécènes privés, princes, aristocrates, bourgeois, marchands, qui se manifestent surtout à partir du XVème siècle, sont, eux, moins embarrassés par les interdits. La nudité peut par conséquent envahir les tableaux. Ou encore la semi-nudité, qui, abritée sous des voiles transparents, met en valeur les formes et transforme le spectateur en voyeur. La mythologie antique, remplie des amours des dieux et des déesses et de leurs jeux érotiques, en fournit le prétexte.

Et il en est de même dans la sculpture : le nu féminin est un thème qui se développe. Avec un érotisme non dissimulé, les corps des femmes sculptés ondulent et adoptent des poses certes provocantes mais élégantes. La sculpture maniériste délivre un message purement esthétique et sensuel. Elle s'offre comme délectation aux sens et se propose comme modèle esthétique à l'esprit.

Les artistes étant essentiellement des hommes, ils transforment la réalité pour mieux se rapprocher de leur conception de l'idéal féminin.

L'érotisme dans la littérature.

Il est également question de sexualité et d'idéal féminin dans la poésie et la littérature du XVème siècle. Ceci est très concret dans « Les Folastreries », livret de poésies qu'écrivit Ronsard en 1553. Le poète aborde sans tabous et sans pudeur le sexe féminin et son admiration pour celui-ci. Ses pages consacrées à ses contemporains, qui magnifient le corps et ses élans, éclairent la place de l’amour physique dans la poésie amoureuse de la Renaissance. Le néo-platonisme, au même titre que la « religiosité naturiste de la Renaissance », font du désir sexuel un mouvement vital et de l’accouplement un acte cosmique, tandis que la peinture et les blasons célèbrent la nudité. Si la culture populaire incarnée par l'oeuvre de Rabelais et par la farce exalte, de son côté, les parties basses du corps, le mouvement majeur de la Renaissance est celui d’un apprivoisement, d’une domestication de la sexualité, comme le fait Montaigne dans l’Essai « Sur des vers de Virgile ».

A ce même moment se développe la vogue des gravures pornographiques. Au début du XVIéme siècle, Pierre l'Arétin avait ainsi écrit des "Sonnets luxurieux", ornés de gravures érotiques de Giulio Romano connu en français sous le nom de Jules Romain, " les Modi ou positions de l'amour ".

 


Et c'est ainsi que la sexualité, sujet libéré des tabous religieux prend une place prédominante dans l'art Humaniste de la Renaissance. On la retrouve dans la sculpture, dans la peinture, dans les blasons, dans les gravures, dans la littérature... La Renaissance est également la renaissance du corps féminin qu'on exhibe et qu'on admire dorénavant sous toute ses formes et surtout sa forme initiale, la nudité.

Vénus of Urbine, Titien

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